ὄψις καὶ ὀπτική
Sciences et terminologies de la vision chez Aristote et dans la tradition péripatéticienne
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
GRAMATA, UMR 7219 SPHÈRE
Organisé par Rafaëlle Beauvallet et Andrés Rivera Arizabaleta
La vision constitue, de l’ère préclassique jusqu’à la période impériale, l’un des paradigmes structurants de la conceptualité grecque. Plus que toute autre activité sensorielle, le voir constitue le modèle par excellence du connaître, et les métaphores visuelles tendent à perdre leur statut d’image pour s’imposer comme les principaux opérateurs de l’épistémologie ancienne. Louée pour sa fiabilité ou au contraire objet d’une certaine méfiance épistémique, la vue n’y demeure pas moins généralement constituée comme le sens par excellence, et son affinité avec la connaissance se trouve en grec inscrite à même la langue, où la continuité étymologique et sémantique du voir et du savoir est largement soulignée.
Opposé aux conceptions matérialistes de ses prédécesseurs qui interprètent la vision comme un contact réel, réductible à une émanation de matière, ou bien de l’œil vers la chose, ou de la chose vers l’œil, Aristote intègre sa conception de la vision au cadre ontologique général de ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’hylémorphisme. La sensation est expliquée par Aristote en termes d’échange formel : sentir, c’est saisir, au moyen d’organes corporels animés du pouvoir psychique de les recevoir, certaines déterminations formelles des objets extérieurs. Or, pour rendre compte du phénomène de la vision, Aristote bâtit une terminologie complexe qu’il convient d’étudier dans le détail pour en analyser la portée.
Outre l’importance majeure de ce travail conceptuel au sujet de la psychologie de la vision et des conditions par lesquelles elle est possible chez les êtres animés, il est notable que la figure d’Aristote constitue l’un des jalons de l’histoire de l’optique. Des phénomènes météorologiques observables comme le halo, l’arc-en-ciel, la parhélie et les raies solaires offrent un cas d’étude tout à fait singulier, où la condensation de l’air produit un environnement humide susceptible de faire fléchir les rayons visuels, ce qui, en raison de l’impuissance de la vue, engendre toute une gamme de phénomènes optiques qui paraissent mettre à mal les acquis de la théorie psychologique de la vision.
La question de la vision chez Aristote constitue aujourd’hui un champ de recherche dynamique dont témoignent, récemment, d’importantes publications. Un travail de mise au jour des spécificités de sa terminologie scientifique et d’établissement explicite de son caractère méthodique reste toutefois à opérer. C’est à ce manque que propose de répondre le présent séminaire, pensé pour réunir des spécialistes de la psychologie et de l’optique aristotéliciennes, autour d’un concept issu du lexique aristotélicien de la vision. L’objectif de ce projet est ainsi de réunir jeunes chercheurs et chercheurs plus expérimentés, consacrant leurs travaux à des concepts, des époques et des auteurs variés, pour permettre aux premiers de tirer parti de l’expérience des seconds, et, plus généralement, de prendre la mesure de l’importance du geste aristotélicien dans l’histoire scientifique des représentations visuelles.
PROGRAMME
12 novembre 2026 (18h-19h30)
Anca Vasiliu (CNRS, Léon Robin), “Diaphane et phosphorescent chez Aristote et chez Platon”
4 décembre 2026 (18h-19h30) - salle Lalande
Mattia Mantovani (KU LEUVEN)
23 avril 2027 (18h-19h30)
Inna Kupreeva (University of Edinburgh)
19 mai 2027 (18h-19h30)
Gweltaz Guyomarc’h (Université de Caen)