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Séminaire

Mondes hostiles et couplages à la technique

Séminaire organisé par Céline Rosselin-Bareille et Caroline Moricot
CETCOPRA, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
caroline.moricot@univ-paris1.fr // celine.rosselin.bareille@u-picardie.fr

Lieu : 12, Place du Panthéon 75005 Paris

  • 12 décembre (salle 6) 15h00-17h00  
  • 12 mars (salle 216) 15h00-17h00

Argumentaire du séminaire :
Protéger les corps en les harnachant et malgré tout les immerger dans des mondes hostiles pour qu’ils y produisent une action relève d’une prise de risque socialement consentie et procède de la mise en équation du rapport, variable dans l’histoire, qu’une société entretient avec le risque, le sacrifice. Soucieuses de prolonger nos réflexions partagées autour de nos terrain respectifs –auprès des scaphandriers travaux publics et des pilotes de chasse –, nous nous proposons, dans ce séminaire, de travailler sur les environnements qui n’accueillent des êtres humains qu’au prix d’adaptations bio-psycho-sociales et techniques fortes.
Équiper les corps permet le franchissement de ses capacités naturelles : respirer sous l’eau, voler dans les airs, aller au front des incendies, intervenir en milieux radioactifs ou en milieux contaminés par la maladie. Ce couplage aux objets techniques constitué de l’équipement conduit à la transformation des sujets et se double, en retour, d’un nécessaire apprentissage de la technique par le corps, c’est-à-dire de l’acquisition d’une « technique du corps » qui constitue un voyage intérieur aux confins de ses propres limites physiques. Ces limites ne sont pas stabilisées, mais variables d’un individu à l’autre et variables pour un même individu selon sa condition du jour ; il faut donc savoir les évaluer à chaque occurrence. Être au plus près de ses limites, c’est accomplir une belle performance ; les franchir, c’est mourir ou tout du moins se mettre en grand danger. Cet apprentissage est plus ou moins long et plus ou moins difficile selon les professions ou contextes d’intervention ; il se réalise de toute façon graduellement en école de formation, sur le tas, au sein de collectifs qui participent à imprimer dans le corps de chacun de ses membres ses habitudes, ses recettes, ses pratiques et ses représentations (du beau, du remarquable, du courageux, du dangereux, du menaçant).
Les environnements hostiles offrent ainsi un verre grossissant intéressant pour analyser les façons dont les techniques et les gestes sur les matières, comme le harnachement des corps, articulent le vital et le social, pour observer les couplages et découplages entre sujets, objets et environnement.
Nous avons identifié trois pistes comme autant d’invitations à s’approprier la thématique : l’expérience de l’hostilité des environnements dans lesquels évoluent les sujets concernés ; celle des sensations dans les processus de couplage-découplage avec les objets et les environnements ; celle, enfin, des limites de l’humain et de la technique comme possibilité de questionner ce que les collègues géographes, nomment l’écoumène. Nous pourrons nous interroger ainsi : quel équipement pour quelle hostilité ? quel harnachement bien souvent au service d’une entité supérieure (l’employeur, la mission, le collectif) ? quel camouflage pour « se glisser » dans l’hostilité ? quels engagements, apprentissages et techniques du corps sont mobilisés dans l’expérience de l’immersion dans un milieu hostile ? quelles expériences sensorielles (pas uniquement visuelles ou tactiles) du harnachement, du confinement ? dans quelle mesure l’articulation aux objets en situation d’hostilité produit-elle un monde viable, même si ça n’est que temporaire et fragile, et forme un sujet particulièrement construit pour ce monde-là ? Qu’est-ce que cela fait de s’immerger dans des espaces hostiles ? Y-a-t-il création d’une disposition sensible à l’environnement concerné ? Comment ces expériences alimentent-elles la question de la terrestrialité des êtres humains ?

Mardi 12 décembre 2023, 15h-17h, centre Panthéon, salle 6

Michel Viso
Terre & Mars : deux planètes et des hommes
La planète Mars est un objet d’études scientifiques mais aussi un sujet de discussions infinies autant dans le microcosme spatial que dans des assemblées de prospectives ou des réunions au comptoir du bar  entre initiés. À n’en pas douter, Mars est devenu l’ultime étape de l’exploration humaine du système solaire et disons-le, avec nos connaissances actuelles, de l’exploration de l’univers par des vaisseaux habités. Ce n’est pas parce que c’est envisagé sérieusement, décrit dans des romans ou des libelles que l’expédition sera simple et facile. De l’excursion en orbite, à exploration physique de la surface en allant même jusqu’à l’établissement d’un base martienne semi permanente, les corps des astronautes comme le matériel seront soumis à des environnement hostiles, des conditions délétères et peut être mêmes insupportables aux terriens que nous sommes. Médecine, Psychologie, stratégies multiples sont invoquées pour prévenir des roubles médicaux éventuels et traiter les risques et les effets avérés. Derrières tous ces projets se cachent des décisions, avant tout, politiques qui influeront non seulement sur les choix techniques mais aussi sur les risques physiques et médicaux aux quels seront exposés les astronautes.

Michel Viso a exercé le métier de vétérinaire pendant quelques années avant de rejoindre l'Institut national de la recherche agronomique. Sélectionné en 1985 comme candidat spationaute il se consacre à la préparation du projet Rhésus en coopération avec la NASA. Le programme qui devait le faire participer à des vols spatiaux est arrêté en 1993. Il travaille alors au CNES comme responsable scientifique d'expériences spatiales de physiologie animale ou de biologie proposées par des scientifiques français et menées en coopération avec les États Unis, la Russie ou d'autres partenaires. Il participe ainsi directement à une vingtaine d'expériences spatiales. Impliqué dans la préparation du programme de retour d'échantillons martiens par le biais de la protection planétaire il a été responsable du thème « Exobiologie » au CNES de 2004 à 2021. En juin 2021 atteint par la limite d’âge au CNES, il a rejoint Innovaxiom afin de poursuivre des activités de diffusion et de communication scientifique.


Mardi 12 mars 2024, 15h-17h, Panthéon salle 216

Judith Rainhorn
Ouvriers au front de l'intoxication. Travailler avec le plomb et (ne pas) s'en protéger (XIXe-XXe s).