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Colloque

La littérature, matière philosophique?

Colloque international organisé par Isabelle Alfandary (Univ. Sorbonne Nouvelle, en délégation à l’ISJPS) et Judith Revel (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne/ISJPS et IUF) 

Il faut se souvenir que la littérature a traditionnellement été tenue à l’écart par la philosophie : dans La République, Platon craignait pour l’éducation des gardiens leur exposition aux poèmes d’Homère et les dangers de son pouvoir d’imitation. Le poète devait en conséquence être banni de la cité que le philosophe appelait de ses voeux. Cette exclusion de la « littérature », inséparable d’une séparation radicale entre exercice de la philosophie et pratique de la création verbale, a coïncidé avec la fondation de la métaphysique. La philosophie européenne s’est ensuite, à quelques rares exceptions près, peu souciée de littérature. 

La littérature occupe pourtant une place remarquable dans la philosophie française de la seconde moitié du XXème siècle. Avec « Qu’est-ce que la littérature ? » (1947), Jean-Paul Sartre, lui-même écrivain et dramaturge, s’interroge en philosophe sur ce qu’écrire veut dire. Dans le sillage sartrien, plusieurs oeuvres philosophiques ont réfléchi sur la littérature ou ont été profondément travaillées par elle : celles de Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Sarah Kofman, Jean-Luc Nancy, Hélène Cixous, Philippe Lacoue-Labarthe, Elisabeth de Fontenay, Jean-François Lyotard, Jacques Rancière, Pierre Macherey,Vincent Descombes, Jacques Bouveresse, Michèle Le Doeuff ou Françoise Collin, pour n’en citer que quelques-unes. La pensée dite « française » entretient notamment avec la chose littéraire des affinités électives. 

Les raisons qui justifient l’inclusion de la littérature ou de ses oeuvres dans le champ de la réflexion philosophique sont chaque fois singulières. A partir de la littérature, les questions et les problématisations fusent : de l’événement de la pensée (Nancy) au « droit de tout dire » (Derrida), les oeuvres philosophiques interrogent l’expérience de pensée et d’écriture insolite que représente et propose la littérature, expérience qui oblige la philosophie à repenser son rapport au savoir et au discours depuis l’altérité que constitue l’expérience littéraire. Si le premier Romantisme allemand autour de l’Athenaeum, étudié par Nancy et Lacoue-Labarthe dans L’absolu littéraire, s’était penché sur les relations unissant poésie et philosophie, la fiction devient dans la philosophie française de la seconde moitié du XXème siècle un objet de réflexion philosophique à part entière. Catégorie non exclusivement littéraire comme l’a montré Hans Vaihinger dans La philosophie du comme si, la fiction trouve dans la littérature une mise en œuvre paradigmatique. 

Il s’agira donc tantôt d'explorer ce que l'on identifie comme les pouvoirs de réflexivité inédits de la littérature, tantôt l'importance de la "matérialité" de la langue (y compris phonique), tantôt encore l'analyse des "procédés" d'écriture (depuis la triade qui fascinait tant Deleuze et Foucault - Roussel/Brisset/Wolfson - aux travaux de l'Oulipo). S'y joue parfois