Hegel Lacan L’éthique
Organisé par Clotilde Leguil et Bruno Haas
Face à la folie de notre époque, il importe de repenser « l’éthique » à l’aide de certaines ressources dont la radicalité continue de faire peur et provoque le dénigrement : Hegel et Lacan. Tous deux demandent d’ailleurs de quitter l’enclos académique où on a l’habitude de les confiner, Hegel par le caractère expressément encyclopédique et interdisciplinaire de tout son enseignement, Lacan par l’insertion continuelle de son discours dans le contexte des avancées les plus aiguës des sciences de son temps, anthropologie structuraliste, linguistique, cybernétique etc., mais aussi par son intérêt prononcé pour la philosophie : Hegel via Kojève, mais aussi Heidegger, Merleau-Ponty, Sartre, Kant etc.
Pour entamer le renouvellement d’un dialogue jamais tari entre Hegel et Lacan, nous proposons de relire deux livres fondamentaux dont les thématiques se croisent d’une façon explicite et plus intensément encore non explicite, la phénoménologie de l’esprit et L’éthique de la psychanalyse (le séminaire VII). Tous deux se réfèrent au théâtre antique à des moments clé, en abordant, tous les deux, l’Antigone de Sophocle.
Face à la « folie de notre époque », nous nous demandons quelle forme peut et doit prendre une éthique contemporaine, s’il est suffisant de la penser à partir des concepts de « normativité » ou du « care ». L’éthique parle avant tout de l’éthos, des « mœurs » et des façons d’être et de vivre au sein desquels la loi (plutôt que la « norme », abstraction déficiente, dérivée de cette première) semble jouer un rôle structurel. Ladite folie éclate, par exemple, dans les tensions patentes entre surproduction et incapacité de répondre aux besoins les plus fondamentaux, avancées techniques et régressions politiques etc.
Nous ne lirons ni Hegel ni Lacan ni Sophocle pour répéter ce que l’on croit savoir à leur compte, mais pour retrouver le vif des problèmes à la lumière de ce à quoi nous nous trouvons confrontés aujourd’hui. L’apport de Hegel ne se résume pas tout simplement à une vision de la belle société classique et de son effondrement selon un destin qui aboutirait à une modernité dorénavant scindée ; les pages qu’il consacre à l’Antigone proposent au contraire une théorie de la scission structurelle de la loi en tant que telle ; et qui veut bien s’informer sur ce qui les précède y découvre une théorie extraordinairement moderne du désir (plaisir et nécessité) et du « care » (règne animal). Lacan ne réduit pas tout simplement l’éthique à une affirmation du « désir » quel qu’il soit, mais il révolutionne d’abord notre concept du désir, de l’accès au désir tout en aboutissant à une conception du beau pour le moins inhabituelle.
Bibliographie :
- Hegel, Phénoménologie de l’esprit (de préférence traduction Hippolyte ou Lefebvre, mais toutes les traductions sont admises)
- Lacan, L’éthique de la psychanalyse, Le séminaire, livre VII
- Sophocle, Antigone
- Platon, Le Banquet
Dates :
Premier semestre
- 03/10
- 17/10
- 21/11
Second semestre :
- 27/02
- 06/03
- 20/03