Critique et droit / Éthique et critique
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne (UMR 8103)
Organisation : Isabelle Aubert (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / ISJPS), Jean-François Kervégan (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / ISJPS), Jamila Mascat (Université d’Utrecht / ISJPS), Sabina Tortorella (Université de Namur / ISJPS)
Depuis plusieurs décennies, certains auteurs de la philosophie classique allemande ont fait l’objet d’un intérêt renouvelé. On connaît, à cet égard, la fortune de la philosophie habermassienne, dans sa reprise de la pensée kantienne et les transformations qu’elle lui imprime. De même, à la faveur, notamment, de ce qui a pu être désigné comme un « Hegel Revival », la fécondité de la pensée hégélienne a été mise en lumière, en particulier concernant les enjeux soulevés par les questions liées à la normativité pratique. Toutefois, ces recours à certains aspects de la philosophie pratique de l’idéalisme allemand ne vont la plupart du temps pas sans une certaine renonciation – voire un abandon et un rejet radicaux – de la conception de la raison qui semble pourtant au cœur de ces pensées et, peut-être, du tournant philosophique qu’elles constituent : celle d’une raison qui, comprise comme faculté de l’universel, a fondamentalement une vocation pratique, normative. Si l’on peut en effet tenir que l’idée d’un primat de la raison pratique est l’un des traits qui caractérise les pensées qui, assumant le tournant critique kantien, sont communément regroupées sous le nom d’idéalisme allemand, c’est précisément les thèses les plus fortes sur la raison et la rationalité qui semblent être mises de côté par beaucoup des réactualisations contemporaines. Celles-ci jugent cette conception de la raison métaphysiquement trop pesante ou se méfient de l’optimisme de la raison et de l’idée de progrès issus de l’Aufklärung. C’est ainsi à un scepticisme de la raison et à un relativisme des valeurs que semble conduire le tournant post-moderne, de telle sorte encore qu’on a pu dire de la raison moderne qu’elle connaissait une véritable crise.
Les journées d’études « Critique et droit / éthique et critique » se proposent de mesurer les conséquences de la crise, au moins apparente, de la rationalité contemporaine à propos du droit et de l’éthique. Qu’en est-il de la normativité juridique et des règles morales si la raison, dans ses dimensions aussi bien théorique que pratique, est en crise ? L’idée d’une crise de la raison moderne amène à douter des fondements mêmes des normes juridiques et morales. Mais elle peut être aussi un moment de réflexion nécessaire en vue d’une production plus réflexive et auto-critique de normes juridiques et morales. Dans quelle mesure une rationalité en crise met-elle en péril l’éthique et le droit ? Dans quelle mesure l’éthique et le droit ont-ils besoin de la critique et de la contestation pour affiner leurs énoncés normatifs ? De telles questions seront au cœur de la réflexion de ces deux journées.
PROGRAMME
11 juin 2026
14h-14h15 Présentation par les organisatrices / organisateur
Critique et droit
14h15-15h15 Elodie Djordjevic (Université Paris II Assas) : « La philosophie (du droit) comme critique (du droit) ? »
15h15-16h15 Andreja Novakovic (University of California, Berkeley) : Hegel on Family Property and Inheritance Law.
Pause-café
16h45-17h45 Thomas Khurana (Université de Potsdam) : Critique of Nature
12 juin 2026
Critique et éthique
9h30-10h30 Rainer Forst (Université J. W. Goethe de Francfort) : Principles of Political Legitimacy
Pause-café
11h-12h Lea Ypi (London School of Economics) : What is political progress ?
12h-13h Laurent Jaffro (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : Critique as Contempt ?