Ciné-club philo de Paris 1 / 2026-2027
L’intérêt des philosophes pour le cinéma est bien connu (entre autres : Cavell, Deleuze, Rancière) et les étudiants comme les enseignants de l’UFR de philosophie de Paris 1 Panthéon-Sorbonne sont nombreux à partager cette grande curiosité cinéphilique. Le ciné-club de l’UFR de philosophie vise à satisfaire cet amour du cinéma en montrant des films qui appellent la discussion philosophique, classiques comme raretés, films anciens comme films récents, venant de tous les continents et sans esprit de chapelle. Chaque mois (le jeudi soir), un film est choisi par un enseignant de l’UFR qui le présente et anime la discussion qui suit. Cette année, le ciné-club a fait le choix de mettre particulièrement en lumière des films réalisés par des femmes.
Jeudi 15 octobre 2026
Le goût des autres I Agnès Jaoui
Chef d’entreprise bourru et peu porté sur la culture, Castella découvre par hasard le théâtre par la comédienne Clara, dont il tente bientôt de rejoindre le milieu artistique. Autour d’eux, plusieurs trajectoires se croisent, entre ces mondes de l’entreprise, de l’art et du travail ordinaire qui ne se parlent pas d'ordinaire. Nous vivons souvent parmi des catégorisations hâtives au service de la distinction sociale : assignations de classe et de genre, signes culturels et professionnels, nous font prendre le rôle d’autrui pour son identité, sans reconnaître la pluralité de son Moi ni les contextes qui lui donnent sens. Mais le choc amoureux, comme l’expérience artistique, ne peuvent-ils pas ébranler ce théâtre de masques, déplacer nos goûts et nos dégoûts, et rendre possible une rencontre qui ne soit ni mépris, ni approbation de façade ?
Séance animée par Jim Gabaret
Jeudi 12 novembre 2026
Cléo de 5 à 7 I Agnès Varda
Cléo, une jeune chanteuse, apprend par une voyante que la mort la guette. Son drame existentiel débute alors. On voit Cléo déambuler dans Paris, habitée par le souci de la mort. Elle fait différentes rencontres révélatrices d'une philosophie du regard, et d'une interrogation sur la solitude existentielle de l'homme face à la mort. Cléo parviendra-t-elle à se libérer de l'angoisse de la mort ? Peut-on jamais s'en libérer ? L'autre interrogation du film, c'est celle de l'identité, qui se manifeste par l'usage du miroir : l'image de soi n'est-elle pas toujours une trahison du "moi profond", pour emprunter un concept bergsonien ? L'image de soi dans le regard d'autrui n'est-elle pas toujours un miroir brisé, marqué par son incomplétude et ses distorsions ?
Séance animée par Mélanie Zappula
Jeudi 10 décembre 2026
Beau Travail I Claire Denis
Dans le Golfe de Djibouti, un peloton de la Légion étrangère passe le temps en jouant à la guerre et en réparant les routes du coin. L’adjudant-chef Galoup se remémore ses années heureuses, faites d’ordre, de camaraderie et de jalousie, au milieu de ses hommes. Claire Denis explore dans Beau Travail ce qui se joue dans les corps en transformant la Légion étrangère en un espace clos. S’y mêlent dans un grand ballet discipline, rivalité, et désir refoulé.
Séance animée par Antonin Lambert
Jeudi 14 janvier 2026
In the cut I Jane Campion
Film longtemps sous-estimé dans la filmographie de Jane Campion (Palme d’or 1993 pour La leçon de piano) et qu’on redécouvre et réévalue depuis quelques années, In the Cut (titre dont la polysémie résiste à la traduction) marque l’incursion singulière de la réalisatrice et son actrice principale (Meg Ryan) dans le genre, déjà désuet en 2003, du thriller érotique. Le film déploie, comme d’autres films de la réalisatrice néo-zélandaise, une réflexion subtile autour d’une éventuelle spécificité du désir féminin et des limites de la représentation de la sexualité à l’écran, en particulier dans son lien tourmenté avec la violence.
Séance animée par Pierre-Yves Quiviger
Jeudi 11 février 2026
Point Break I Kathryn Bigelow
Point Break (1991), réalisé par Kathryn Bigelow, met en scène un jeune agent du FBI (Keanu Reeves) infiltrant un groupe de surfeurs braqueurs de banques mené par le charismatique Bodhi (Patrick Swayze). Sous les codes du film d’action, Bigelow construit une relation de fascination entre deux hommes, autour du risque, de la liberté et du perfectionnisme. Point Break constitue une étape majeure dans l’affirmation de Bigelow comme cinéaste d’action.
Séance animée par Sandra Laugier
Jeudi 11 mars 2026
Bigamie I Ida Lupino
Bigamie (The Bigamist, 1953) est un des derniers films réalisés par Ida Lupino, actrice devenue l'une des rares réalisatrices d'Hollywood lors de l'après-guerre. Construit en flash-back à partir d'une enquête sur la vie d'un couple, le film interroge avec une grande modernité le rapport entre conjugalisme, parentalité, et sexualité, refusant aussi bien le jugement moral que le mélodrame. Lupino décrit la banalité de l'adultère, en proposant un point de vue complexe sur le rapport de deux femmes que rien, en dépit de leur statut social, n'oppose, et qui, derrière la caméra, n'apparaissent ni victimes ni rivales.
Séance animée par Mickaelle Provost
Jeudi 8 avril 2026
Les Délices de Tokyo I Naomi Kawase
Prendre soin des autres permet-il de se réparer ? Sentaro gère sans conviction un petit commerce de dorayaki pour éponger une dette. Sa routine est bouleversée par l'arrivée de Tokue, une septuagénaire aux mains déformées qui lui apprend à confectionner la pâte de haricots rouges avec un soin et une attention infinies. À travers cet art de l'écoute et du care, Sentaro va peu à peu réapprendre à s'ouvrir aux autres et à la vie.
Séance animée par Guillaume Lequien
Jeudi 6 mai 2023
Film d’amour et d'anarchie I Lina Wertmüller
En 1938, Antonio, un jeune paysan pauvre, rejoint Salomé, une prostituée anarchiste qui travaille dans une maison close de Rome. Leur but ? Assassiner Mussolini. Mais Antonio tombe amoureux d’une autre prostituée.
Qu’est-ce qu’un partisan, et qu’est-ce qui légitime la violence politique ? Les projets de lutte armée nuisent-ils nécessairement aux causes qu’ils défendent ? Lina Wertmüller nous confronte à nos évidences sur la vengeance, la soif de justice et l’évidence du sentiment amoureux.
Séance animée par Antonin Lambert
Jeudi 10 juin 2026
Grave I Julia Ducourneau
Premier long-métrage de Julia Ducourneau (Palme d’or 2021 pour l’étonnant Titane), Grave (2016) illustre la grande santé du cinéma d’horreur français qui, depuis le début des années 2000 (Trouble Every Day de Claire Denis, Martyrs de Pascal Laugier, Haute tension d’Alexandre Aja, entre autres) s’est imposé mondialement. Le film de Julia Ducourneau aborde frontalement (le film est déconseillé à celles et ceux que la vue du sang insupporte) la relation à notre corps, à nos pulsions, à nos tabous, à nos dégoûts et la vanité de toute tentative de les maîtriser par nos convictions les plus assurées et les plus argumentées.
Séance animée par Pierre-Yves Quiviger