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Colloque

Althusser et Spinoza : du matérialisme de l’imaginaire au matérialisme aléatoire

Organisation : Pascale Gillot, Chantal Jaquet et Anne Texier

Avec le soutien de : HIPHIMO (Centre d’Histoire des Philosophies modernes de la Sorbonne, UR 1451), IHRIM (Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités, UMR 5317), AAS (Association des Amis de Spinoza)

Louis Althusser, dans le cadre de son retour à Marx de la seconde moitié du XXe siècle, a revendiqué de façon constante l’héritage de la pensée de Spinoza. En réalité, ce retour à Marx, le projet de mise au jour de la philosophie latente de Marx, s’est toujours présenté chez Althusser comme un détour par Spinoza. La philosophie de l’Ethique en effet, par la réfutation inouïe qu’elle engageait des notions d’origine, de sujet et de fin, constituait aux yeux d’Althusser un dispositif crucial pour la compréhension du matérialisme singulier de Marx (celui du Capital) et de sa théorie scientifique de l’histoire, délivrée du schème téléologique et idéaliste de la dialectique hégélienne. De façon générale, le recours à Spinoza, auquel l’auteur de Pour Marx rend hommage en plusieurs occurrences décisives, au titre de penseur révolutionnaire au cœur du XVIIe siècle, est le réquisit de la lecture althussérienne de Marx, à distance de l’humanisme d’empreinte feuerbachienne. Ce qu’Althusser appelle le « matérialisme de l’imaginaire » porté par la conception spinoziste du premier genre de connaissance - indexé au renversement fantasmatique de l’ordre des causes, au principe des notions de libre arbitre et de finalité -, constitue en réalité le socle d’une théorie authentiquement marxiste de l’idéologie et de sa puissance spécifique. La réfutation spinoziste décisive, sur le plan épistémologique, de la notion d’un sujet de connaissance, le refus spinoziste du « sujet de vérité » d’obédience cartésienne, au centre de la théorie originale du verum index sui et falsi, permet de comprendre la rigueur marxienne de la distinction entre science et idéologie, déprise de la figure idéaliste d’un Ego transcendantal. Enfin, la catégorie spinoziste de causalité immanente permet à Althusser d’élaborer le concept cardinal de « causalité structurale », qui dans Lire le Capital, en relation avec la notion de surdétermination, désigne la théorie marxiste de la causalité historique émancipée d’une lecture mécaniste – et comme telle encore idéaliste – du rapport entre infrastructure et superstructure.

Toutefois, si le détour par Spinoza sert la lecture de Marx telle que la propose Althusser, contre les lectures humanistes et idéalistes du marxisme, il ne constitue pas le seul enjeu de la reprise althussérienne constante des catégories spinozistes. Il se trouve en effet que la lecture par Althusser des textes de Spinoza, dans l’ordre de l’ontologie, de l’épistémologie et de la politique, vaut par elle-même en quelque sorte, dans la mesure où il s’agit d’une lecture singulièrement productive, et parfois déconcertante. Ainsi, l’étonnante élaboration de la causalité structurale à partir du concept spinoziste de « causa immanens » donne à entendre une compréhension originale de la causalité spinoziste elle-même, qu’Althusser disjoint d’un schème déterministe unilinéaire, pour la rapporter au contraire à une plurivocité causale irréductible au nécessitarisme, et même compatible avec une certaine représentation de la contingence – en jeu dans le concept de surdétermination. Par où se conçoit, chez le dernier Althusser, celui du matérialisme aléatoire, l’insistance de la référence spinoziste. L’on peut songer également à la façon dont l’auteur de « L’objet du « Capital » »associe constamment le nom et les textes de Spinoza, à travers l’énoncé « autre est le cercle, autre est l’idée du cercle », à une lutte contre le dispositif empiriste qui constitue par ailleurs une clé de sa propre relecture de l’épistémologie de Marx, sous la formule de la distinction entre objet réel et objet de connaissance. Cette perspective à la fois non déterministe et intellectualiste portée sur la philosophie de Spinoza, si elle peut paraître paradoxale ou même décalée par rapport à des lectures privilégiant le monisme, le nécessitarisme ou la théorie des affects, n’en est pas moins originale et stimulante.

C’est donc à cette confrontation singulière entre Althusser et Spinoza que sera consacré ce colloque, non pas seulement dans une perspective chronologique ou exégétique, mais au prisme d’une interrogation sur les points d’aspérité et les problèmes rémanents dans la pensée de Spinoza comme dans celle d’Althusser, notamment à l’aune de la question du matérialisme

 

 

PROGRAMME 

Vendredi 19 juin 2026

Matin :

9h00 : Ouverture du colloque

9h15-10h15 : Chantal Jaquet (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, HIPHIMO) : « Le matérialisme de l’imaginaire, avec la contradiction ? »

10h15-11h15 : Franck Fischbach (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, HIPHIMO): « Althusser avec Spinoza, contre Hegel »

11h15 : Pause

11h30-12h30 : Sonja Lavaert (Université libre de Bruxelles) : « Le « plus grand philosophe matérialiste de l’histoire » : Machiavel à l’égal de Spinoza »

Après-midi :

14h30-15h30 : Anne Texier (HIPHIMO) : « Procès sans sujet et effet de sujet »

15h30-16h30 : Juan-Domingo Sanchez Estop (Centre de recherche en philosophie de l’Université Libre de Bruxelles) : « Le spinozisme d’Althusser : le sujet dans la topique est-il toujours un sujet ? »

16h30 : Pause

16h45-17h45 : Laurent Bove (IHRIM) : « Althusser et la « seconde nature » du spinozisme »


Samedi 20 juin 2026

Matin :

9h15-10h15 : Pierre-François Moreau (ENS Lyon, IHRIM) : « Causalité structurale et dernière instance »

10h15-11h15 : Pascale Gillot (Université de Tours, ICD) : « Causalité structurale contre philosophie de l’affirmation pure : la lecture althussérienne de la causalité immanente »

11h15 : Pause

11h30-12h30 : Jean Matthys (Université Catholique de Louvain, FRS-FNRS): « Produire dogmatiquement des effets de liberté : réflexions sur l’éthico-politique spinoziste d’Althusser »=

Après-midi :

14h30-15h30 : Vittorio Morfino (Université Milano-Biccoca) : « Le spinozisme althussérien : une philosophie pour l’avenir ? »

15h30-17h00 : Table-ronde avec Etienne Balibar et Yves Duroux

Conclusion des travaux